Littérature et livre numérique

, par Dominique Droniou

Dans quelques jours, le Salon du Livre ouvre ses portes. C’est l’occasion de découvrir une maison d’édition, les Editions Bragelonne, premier éditeur de littérature de l’imaginaire (SF, fantasy...) et son investissement dans la production de livres numériques.

La correspondante du bassin d’Etampes vous relate cette rencontre organisée dans le cadre des animations optionnelles de bassins. Une collègue documentaliste a complété ces informations par des précisions techniques.

Les Editions Bragelonne
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Stéphane Marsan (directeur de la publication) et Alexandre Le Vasseur (chargé des publications numériques) des Editions Bragelonne, nous ont présenté leur maison d’édition. Premier éditeur de littérature de l’imaginaire (SF, fantasy…), Bragelonne a créé plusieurs collections depuis 2000 et la fondation des Editions : collection grand format, Poche (Milady), Milady Comics et Castelmaure (2010) .

La fantasy est un héritage des contes et légendes, des idéaux de la chevalerie (cf littérature médiévale, arthurienne…) Les repères spatio-temporels n’existent pas, il s’agit d’un monde secondaire qui ressemble au nôtre. L’intérêt pour la fantasy est en nette hausse aujourd’hui. Elle souffre d’un manque de reconnaissance et est plus représentée dans des médias autres que la littérature (comme les jeux vidéo, les dessins animés, les films et la BD). Cf Lanfeustmag.
L’association du merveilleux et de la science a donné naissance à la SF, surtout appréciée à l’origine des milieux littéraires et intellectuels, et qui connaît une baisse d’intérêt à l’heure actuelle.
Le fantastique est le genre le plus reconnu au niveau littéraire aujourd’hui, il est intégré aux enseignements, mais est le moins vendeur.
La littérature jeunesse a tendance à mélanger ces genres, ce qui est mieux accepté par les jeunes que par les adultes, qui préfèrent des genres bien définis.
Selon les études, dès 2000, les étrangers (installés dans un autre pays et cherchant des ouvrages dans leur langue maternelle…) sont les premiers à pouvoir acheter des livres numériques ou des publications en ligne, tout comme les amateurs de sciences humaines ou de SF : l’intérêt vient de la facilité à trouver des ouvrages qui ne sont plus publiés ou inaccessibles dans certaines bibliothèques.

Les Editions Bragelonne sont en pointe sur les réseaux sociaux, les sites internet, les bandes-annonces pour les livres, les pré-publications des premiers chapitres en ligne… Il s’agit de comprendre et de cerner les attentes de la génération née avec le numérique, et qui n’a pas le réflexe d’aller vers le papier.
Pb : pour les auteurs étrangers, les droits papier et les droits numériques sont à négocier indépendamment.

Lire les e-books : il existe plusieurs formats, dont le format epub, Opensource (choisi par l’I-pad d’Apple). Le Kindle d’Amazon, par ex., ne lit que ses formats ou il faut convertir, et c’est assez compliqué.
Epub = archive compressée, même langage qu’un site web, en html. Format vivant qui s’adapte au support, au lecteur, et dans lequel on peut ajouter d’autres médias. Adobe Digital Edition, gratuit, permet de lire le format epub sur un ordinateur.

Lecteurs : il en existe 2 types aujourd’hui en France.
Le lecteur en noir et blanc (Kindle, Fancbook) à encre électronique. Pb : assez lent, mais les pages sont présentées comme un vrai livre. Le public est déjà un public de vrais lecteurs papier.
Le lecteur à écran couleurs, tactile (I-pad, I-phone, tablette) : instantané, déclinable sur les autres supports, mais dont l’autonomie est limitée. Accès internet. Pour les « pure players » de 18-30 ans.
Pb : le prix de ces lecteurs est assez élevé (200-800 € pour l’appareil) + prix du livre. Frein pour la commercialisation, mais un livre électronique peut stocker environ 1 Mo soit 2000 livres.

Marché du livre : la crise économique entraîne une baisse des revenus, les grandes maisons d’édition réduisent leurs effectifs (ex : France Loisirs). Aux Etats-Unis, les livres de poche ont fait faillite : dans certains Etats, le livre papier a disparu, et le livre numérique prend donc son essor. Les librairies, quant à elles, ne peuvent pas suivre les publications littéraires et proposer l’ensemble des livres. Les éditeurs aussi doivent faire des choix : voir ce qui fonctionne, et « sacrifier » des auteurs ou des livres.
La production d’un livre numérique coûte moins cher que celle d’un livre papier, malgré les coûts incompressibles (relecture, mise en page, conversion, prestataires spécifiques, mise à disposition du public), les seuls postes d’économie sont le papier et l’impression (= 50 % du prix d’un livre).
Aujourd’hui, il faut tendre vers la publication numérique avant le papier, voire sans le papier. Mais les revenus sont moindres pour les auteurs, et le coût de personnel reste le même. Le souci vient aussi du fait que la publication papier est mieux perçue et plus valorisée dans l’esprit des auteurs, voire de certains lecteurs.
La dématérialisation totale est difficile malgré tout : certains formats peuvent disparaître à l’avenir et entraîner une perte de données, ou une panne ne permet pas l’accès au document…

Le choix des Editions Bragelonne est aussi de diffuser sans DRM (Digital Rights Management) : on peut se prêter un livre (il est alors indisponible pour les prêteur, comme avec le papier). Prix : entre 2.99 et 12.99 €, avec des nouveautés tous les mercredis.
Les ouvrages de plus de 3 mois sont proposés à 4.99 €, ceux de moins de 3 mois à 5.99 € (les prix doivent être plus bas que les livres de poche).
Pour un grand format, sans exploitation poche : plus de 3 mois 9.99 €, moins de 3 mois 12.99 €.
Les ouvrages courts sont proposés à 2.99 €.
Les livres longs ne sont peut-être pas adaptés à la lecture numérique : cela peut donner une nouvelle chance aux ouvrages courts.

La crainte des auteurs est que leur œuvre ait moins de valeur puisqu’elle est achetée moins cher, mais à l’inverse, un prix plus bas pourrait motiver plus de ventes. Aux Etats-Unis, 45 % des ventes de livres numériques se font dans la catégorie sentimentale (ex : Harlequin).

Virginie Gatier, co-correspondante du bassin d’Etampes

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